De nouvelles recherches sur les édulcorants. Conférence d’examen (2e partie)


Auteur(s): Vicky Pyrogianni, MSc, Dietitian – Nutritionist, Scientific Director, ISA | Publié: 09 novembre 2018

Quels nouveaux éléments sont apportés par la Conférence de l’ISA en 2018


Principales observations :

  • Lors d’un régime alimentaire, les consommateurs utilisent des produits édulcorés afin de contrôler leur appétit et de réduire l'apport énergétique, ce qui explique bien en quoi les édulcorants peuvent aider à perdre du poids.
  • Manger des aliments sucrés, caloriques ou non, ne nous conduit pas à vouloir consommer plus de sucre dans notre régime. Le goût pour le sucré est inné.
  • La preuve actuelle ne permet pas d’affirmer que les édulcorants ont un effet négatif sur la santé pour leur impact sur le microbiote intestinal.

L’attention étant mise ces dernières années sur la réduction de la consommation de sucres, les édulcorants sont devenus un thème de grand intérêt scientifique et en matière de santé publique. C’est pourquoi, la Conférence de l’ISA de 2018, intitulée « La science derrière les édulcorants : lorsque la preuve et la réglementation se rencontrent » a eu pour objectif d’évaluer avec précision les éléments soutenus par la preuve actuelle et les nouvelles recherches, ainsi que d’analyser comment ces dernières peuvent-elles contribuer aux politiques alimentaires.

Le goût pour le sucré est inné. Les substituts du sucre peuvent-ils aider à contrôler l'appétit ?

Il est bien connu que l’attirance pour la saveur sucrée est innée. En même temps, beaucoup de personnes tentent de réduire leur consommation de sucres. Pour cette raison, conserver la saveur sucrée dans l’alimentation, sans les calories qu’apporte le sucre, pourrait aider les personnes à mieux contrôler leurs envies. Cette hypothèse a été évaluée sur des consommateurs d’édulcorants dans le cadre de l’étude SWITCH (EffectS of non-nutritive sWeetened beverages on appetITe during aCtive weigHt loss – Effets des boissons édulcorées non nutritives sur l’appétit en période de perte de poids active) menée par l’Université de Liverpool au Royaume-Uni. La Dre Charlotte Hardman présenta de nouvelles preuves selon lesquelles les consommateurs utilisent fréquemment les boissons édulcorées comme stratégie fructueuse pour contrôler l'appétit et la prise alimentaire, ainsi que pour réduire les sentiments psychologiques négatifs, comme la culpabilité souvent associée au fait de manger des aliments au goût agréable pendant un régime. De plus, les résultats de l’étude SWITCH indiquent que lorsque les personnes consomment des boissons édulcorées, elles ont tendance à consommer moins de calories provenant de sucreries ou d’encas sucrés, elles se sentent moins coupables de leur consommation d’aliments et peuvent mieux contrôler leur alimentation. Cette conclusion est très importante pour les diététiciens et les nutritionnistes qui souhaitent connaître les différentes stratégies permettant d’aider les personnes, ayant des problèmes de gestion du poids, à suivre un plan diététique à la fois moins calorique et savoureux.

Aussi, lors du débat pendant la session finale de la Conférence de l’ISA, le président de la session, le Prof. Peter Rogersde l'Université de Bristol au Royaume-Uni, a fait référence à une étude récente du Prof. Marc Fantino, un professeur émérite de France, dans laquelle il compare les effets des boissons diététiques avec ceux de l’eau chez les non consommateurs d’édulcorants. L’essai a démontré que les boissons édulcorées, au même titre que l’eau, n’ont pas d'effet ni sur l’appétit, ni sur la consommation des aliments sucrés chez les non consommateurs. Il s'agit d’une des plus récentes séries d’études qui confirment que les édulcorants ne stimulent ni l'appétit, ni la consommation des aliments.

Dans ses études sur le sucré et sa relation avec le poids corporel, un aspect essentiel en matière de santé publique, le Prof. Kees de Graaf, professeur de sciences sensorielles de l’Université de Wageningen, aux Pays-Bas, présenta de nouvelles données publiées en 2018 qui permettent d’affirmer qu’il n’existe pas de relation entre le goût pour le sucré et le poids corporel. D’ailleurs, l’étude réalisée aux Pays-Bas par le département des sciences sensorielles de l’Université de Wageningen, révéla que les personnes atteintes d’obésité consommaient moins d’énergie provenant des aliments au goût sucré, en comparaison avec les personnes ayant un indice de masse corporelle normal.

Les nouvelles données procédant du Royaume-Uni révèlent que les édulcorants peuvent aider à accomplir les recommandations relatives à la consommation des sucres

Dans la principale conférence, le Prof. Adam Drewnowski, directeur du Centre de nutrition et de santé publique de l’Université de Washington à Seattle, É.-U., présenta de récentes études préliminaires qui révèlent que l’utilisation des édulcorants est associée à une meilleure qualité de l’alimentation en général et qu’elle peut aider les personnes à appliquer les recommandations nutritionnelles relatives à la réduction de la consommation excessive des sucres. La même analyse a également été présentée par la Prof. Judith Buttriss, directrice générale de la Fondation britannique pour la nutrition (BNF), qui a fait part durant sa conférence des conclusions issues de la récente analyse des données de l'Enquête national sur l’alimentation et la nutrition du Royaume-Uni du Prof. Carlo La Vecchia et de ses collègues de l'Université de Milan en Italie. Ces conclusions révèlent que les personnes qui consomment des édulcorants ont plus de possibilités de suivre les recommandations relatives à la consommation de sucres.

Qu'en est-il des édulcorants et du microbiote intestinal ?

Sur le sujet des édulcorants et du microbiote intestinal, tant de fois débattu, le Prof. Ian Rowland, professeur de l’Université de Reading, Royaume-Uni, a conclu que même s’il s’agit d’un sujet récurrent dans les médias, la preuve actuelle ne permet pas d’affirmer que les édulcorants ont un effet négatif sur la sensibilité à l’insuline ou sur tout autre aspect général de la santé, de par leur impact sur le microbiote intestinal. D’ailleurs, il a été observé que compte tenu des niveaux habituels de consommation humaine des édulcorants, il est très improbable que les édulcorants puissent avoir un effet cliniquement significatif sur le microbiome. De plus, la Dre Berna Magnuson, toxicologue au Canada, qui mène depuis plusieurs années des recherches approfondies sur les édulcorants, a expliqué que lors du processus d’évaluation de la sécurité des édulcorants, les différentes voies métaboliques des édulcorants et leurs effets sur l’intestin sont évalués avec le plus grand soin; autrement dit, ces aspects sont généralement examinés auparavant par les agences de réglementation. Un autre point qu’il convient également de mentionner et qui a été souligné par le Prof. Rowland et par la présidente de la session, la Prof. Wendy Russell, de l’Université d’Aberdeen, Royaume-Uni, fait référence aux prochaines études humaines. Il est nécessaire de réaliser plus d’essais cliniques humains, qui soient bien conçus, qui tiennent compte des niveaux réels de la consommation humaine d’édulcorants, et qui soient menées avec soin de manière à contrôler les facteurs qui agissent sur le microbiote intestinal, tels que les changements dans la composition des aliments ou la perte de poids.

Quels éléments viennent ensuite ?

De nombreux intervenants de la Conférence de l’ISA ont présenté les prochaines études, actuellement en cours de réalisation dans différentes universités du monde entier. Ces études incorporent des essais randomisés contrôlés, dont plusieurs d’entre elles ont été conçues à long terme, sur une période de deux ans, et pourront fournir des preuves supplémentaires sur les bénéfices à long terme des édulcorants. Entre-temps, ce que la preuve vient soutenir collectivement est le fait que les édulcorants peuvent aider à réduire les sucres et l’apport calorique et, en conséquence, à perdre du poids et à le stabiliser après un régime, et que s’ils sont utilisés à la place du sucre, ces additifs peuvent permettre de contrôler le glucose, étant donné qu’ils ne provoquent pas d’élévation des niveaux de glucose.

Message à retenir

Comme diététicien, il me semble que le message à retenir de la Conférence de l’ISA est que lorsque nous essayons d’aider les personnes à manger de manière plus saine et à choisir les meilleures options diététiques, nous oublions souvent combien il est important de prendre plaisir à manger. En conservant le plaisir du goût sucré dans l’alimentation, les édulcorants peuvent permettre aux personnes de diminuer leur apport calorique et leur consommation de sucres, et conserver des habitudes alimentaires générales plus saines, tout en maintenant le plaisir de manger des aliments savoureux.

Références scientifiques à l’appui des conclusions des intervenants:

  1. Masic U, Harrold JA, Christiansen et al. EffectS of non-nutritive sWeetened beverages on appetITe during aCtive weigHt loss (SWITCH): Protocol for a randomized, controlled trial assessing the effects of non-nutritive sweetened beverages compared to water during a 12-week weight loss period and a follow up weight maintenance period. Contemporary Clinical Trials 2017; 53: 80-88
  2. Fantino M, Fantino A, Matray M, Mistretta F. Beverages containing low energy sweeteners do not differ from water in their effects on appetite, energy intake and food choices in healthy, non-obese French adults. Appetite 2018; 125: 557-565
  3. Appleton KM, Tuorila H, Bertenshaw EJ, de Graaf C, Mela DJ. Sweet taste exposure and the subsequent acceptance and preference for sweet taste in the diet: systematic review of the published literature. Am J Clin Nutr 2018; 107: 405–419
  1. Van Langeveld AWB, Teo PS, de Vries JHM, et al. Dietary taste patterns by sex and weight status in the Netherlands. Br J Nutrition 2018; 119: 1195–1206
  2. Patel L, Alicandron G, La Vecchia C. Low-calorie beverage consumption, diet quality and cardiometabolic risk factor in British adults. Nutrients 2018; 10: 1261
  3. Magnuson BA, Carakostas MC, Moore NH, Poulos SP, Renwick AG. Biological fate of low-calorie sweeteners. Nutr Rev 2016; 74(11): 670-689